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Entrepreneuriat

Facture impayée : comment relancer et vraiment se faire payer

Pénalités de retard, indemnité de 40 €, mise en demeure, injonction de payer : la marche à suivre pour récupérer une facture impayée sans y laisser sa trésorerie.

Hugo MolletPar Hugo Mollet6 min de lecture
Une entrepreneuse examine des factures à son bureau devant son ordinateur
Une entrepreneuse examine des factures à son bureau devant son ordinateur
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Une facture émise il y a six semaines, deux e-mails restés sans réponse, et une trésorerie qui commence à tirer. L'impayé est la hantise des indépendants et des petites structures — et pourtant, la loi française arme le créancier bien mieux qu'on ne le croit. Voici la séquence à suivre, du premier rappel amiable à la procédure judiciaire, et les leviers que la plupart des entreprises n'utilisent jamais.

D'abord : à partir de quand êtes-vous en droit de réclamer ?

Beaucoup d'indépendants attendent trop longtemps parce qu'ils ignorent le délai qui s'applique réellement.

  • Sans mention contraire dans le contrat ou les conditions générales, le délai supplétif est de 30 jours après la réception des marchandises ou l'exécution de la prestation.
  • Si un délai a été convenu, il ne peut jamais dépasser 60 jours nets à compter de l'émission de la facture, ou, à titre dérogatoire et s'il figure explicitement au contrat, 45 jours fin de mois.
  • Pour les factures périodiques, le plafond est de 45 jours après l'émission.

Les deux leviers automatiques que personne n'utilise

C'est le point le plus mal connu, et le plus efficace. Entre professionnels, le retard de paiement déclenche de plein droit, sans qu'aucun rappel ne soit nécessaire, deux obligations pour le débiteur.

Levier Montant Base
Pénalités de retard Taux BCE de refinancement + 10 points au minimum Article L441-10 du code de commerce
Indemnité forfaitaire de recouvrement 40 € par facture en retard Article L441-10 du code de commerce

Deux précisions qui changent tout dans la négociation :

  • L'indemnité de 40 € est due par facture, pas par client. Trois factures en souffrance chez le même donneur d'ordre représentent 120 €.
  • Elle court dès le premier jour de retard, sans mise en demeure préalable, et s'ajoute aux pénalités.

Ces montants sont modestes pris isolément. Leur intérêt est ailleurs : les mentionner dans une relance signale immédiatement que vous connaissez vos droits, ce qui suffit très souvent à faire remonter votre facture dans la pile.

La séquence de relance, dans l'ordre

L'erreur classique consiste à multiplier les e-mails polis pendant trois mois, puis à passer brutalement au contentieux. Une progression nette est bien plus efficace.

  1. J+1 à J+7 : la relance de courtoisie. Un e-mail court, factuel, sans reproche. Rappelez le numéro de facture, le montant, la date d'échéance, et joignez à nouveau la facture. Dans une majorité de cas, l'impayé n'est qu'un oubli ou une facture égarée en comptabilité.
  2. J+15 : le téléphone. C'est l'étape la plus rentable et la plus négligée. Un appel identifie immédiatement le vrai problème — litige sur la prestation, changement d'interlocuteur, difficulté de trésorerie. Notez par écrit ce qui a été dit, et confirmez par e-mail.
  3. J+30 : la relance ferme. Écrit, avec échéance précise (« sous 8 jours »), et mention explicite des pénalités de retard et de l'indemnité de 40 €.
  4. J+45 : la mise en demeure, en recommandé avec accusé de réception. C'est le pivot du dossier.
  5. Ensuite seulement : recouvrement amiable par un tiers, ou procédure judiciaire.

Pourquoi la mise en demeure change tout

Ce n'est pas une relance plus sévère, c'est un acte juridique. Elle fait formellement courir les intérêts moratoires, constitue la preuve que vous avez réclamé, et conditionne en pratique la suite du dossier. Elle doit contenir : vos coordonnées et celles du débiteur, la mention « mise en demeure », le détail de la créance, le délai de paiement accordé, et l'annonce des poursuites en cas de silence.

Une mise en demeure bien rédigée débloque une proportion importante des dossiers, précisément parce qu'elle signale que vous êtes prêt à aller plus loin.

Le recouvrement n'est pas une question de fermeté de ton, mais de régularité. Un créancier qui relance à date fixe est payé avant celui qui s'énerve tous les trois mois.

Si le client ne paie toujours pas

Trois voies s'ouvrent, du moins au plus contraignant.

  • Le recouvrement amiable par une société spécialisée ou un commissaire de justice. Rapide, mais la commission — souvent un pourcentage à deux chiffres de la somme récupérée — pèse sur des créances modestes.
  • La procédure simplifiée de recouvrement des petites créances, confiée à un commissaire de justice. Elle suppose l'accord du débiteur, ce qui en limite la portée, mais elle est rapide quand il joue le jeu.
  • L'injonction de payer, la voie la plus utilisée. Vous saisissez le tribunal compétent par requête, avec vos pièces justificatives : facture, bon de commande, devis signé, échanges, mise en demeure. Aucun avocat n'est obligatoire en dessous d'un certain montant, et la procédure se déroule sans audience. Si le juge fait droit à la requête, l'ordonnance est signifiée au débiteur, qui dispose d'un mois pour former opposition. Sans opposition, elle devient exécutoire.

Prévenir plutôt que recouvrer

Les impayés se jouent en amont, à la signature bien plus qu'à la relance. Quelques réflexes qui changent la donne :

  • Un devis signé ou un bon de commande écrit, systématiquement. Sans preuve de la commande, l'injonction de payer devient fragile.
  • Des CGV claires, mentionnant le délai de paiement, les pénalités et l'indemnité forfaitaire. Elles doivent figurer sur les factures.
  • Un acompte de 30 à 50 % sur les prestations importantes ou les nouveaux clients. C'est le filtre le plus efficace qui soit.
  • Une facturation immédiate, à la livraison et non en fin de mois. Chaque semaine de retard d'émission est une semaine de retard d'encaissement.
  • Une vérification préalable de la santé du client : le numéro SIRET permet de consulter gratuitement les comptes publiés et les éventuelles procédures collectives.

Ce dernier point mérite d'être systématisé pour les gros contrats. Une entreprise en difficulté au moment de la commande le sera plus encore à l'échéance — et une facture impayée par une société en liquidation ne se récupère quasiment jamais.

Un mot enfin sur l'équilibre commercial. Beaucoup d'indépendants n'osent pas relancer par peur de perdre le client. C'est un mauvais calcul : un donneur d'ordre qui ne paie pas coûte plus cher qu'il ne rapporte, et il finance sa propre trésorerie avec la vôtre. Relancer méthodiquement, sans agressivité, fait partie du métier — et les bons clients ne s'en offusquent jamais.

Les règles évoquées ici concernent les relations entre professionnels en droit français. Pour un litige important ou un client en procédure collective, faites-vous accompagner par un avocat ou un commissaire de justice, et vérifiez les seuils applicables sur economie.gouv.fr et entreprendre.service-public.fr.

Questions fréquentes

L'indemnité de 40 € s'applique-t-elle aussi à un client particulier ?

Non. Les pénalités de retard et l'indemnité forfaitaire de 40 € relèvent du code de commerce et ne concernent que les relations entre professionnels. Face à un particulier, vous pouvez prévoir des intérêts de retard dans vos conditions générales, mais le régime automatique du B2B ne s'applique pas.

Dois-je facturer les pénalités de retard ou sont-elles automatiques ?

Elles sont dues de plein droit, sans rappel nécessaire, dès le premier jour de retard. En pratique, beaucoup d'entreprises y renoncent pour préserver la relation commerciale. Rien ne vous y oblige : vous pouvez les mentionner dans la relance comme levier, puis choisir de ne pas les appliquer si le client règle rapidement.

Combien de temps ai-je pour agir contre un client qui ne paie pas ?

Le délai de prescription est de cinq ans entre professionnels, et de deux ans lorsqu'un professionnel agit contre un consommateur. Ce dernier délai est court : ne laissez pas dormir une créance sur un client particulier.

Faut-il passer par un avocat pour une injonction de payer ?

Non, la procédure d'injonction de payer est conçue pour être accessible sans avocat en dessous d'un certain montant. Elle se fait sur requête, sans audience ni débat contradictoire au départ. Un avocat devient utile si le débiteur forme opposition, car l'affaire bascule alors en procédure classique.

Mon client est en liquidation judiciaire, puis-je encore être payé ?

Vous devez déclarer votre créance auprès du mandataire judiciaire, en principe dans les deux mois suivant la publication du jugement au BODACC. Sans déclaration dans ce délai, votre créance est inopposable à la procédure. Les chances de récupération restent faibles, mais la déclaration est gratuite et ne prend que quelques minutes.

Hugo Mollet
Hugo Mollet

Fondateur & directeur de la publication

Fondateur de Booksmag et directeur de la publication du média. À la tête de la société éditrice IDAX, il pilote la ligne éditoriale et veille à des contenus clairs, utiles et honnêtes.

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